Au moment de ma naissance, le 2 mai 1945, la neige tombait en abondance et les cloches de toutes les églises de Saint-Étienne sonnaient à l'unisson.

   Ma mère ne fut pas étonnée de ces deux phénomènes inhabituels. Ils ne firent que la conforter dans sa prémonition qu’elle allait mettre au monde un garçon promis à un destin exceptionnel. En réalité, l'allégresse des carillons célébrait la prise de Berlin par les armées alliées.

 

   Les raisons du choix de mon prénom ont été cocasses : lassée d’entendre mes parents se quereller à ce sujet, ma sœur Yolande leur suggéra de s’inspirer des leurs. Jeanne deviendrait Jean et Lucien, Luc. « Jean-Luc, c’est un prénom très à la mode », avait-elle ajouté pour finir de les convaincre. Mon père aurait préféré Gustave.

Yolande devait mourir deux ans plus tard, elle avait 17 ans.

   Ce prénom destiné à clore une dispute a-t-il façonné en moi une certaine façon de réagir ? Dès que survient un conflit, je m’efforce par tous les moyens de l’apaiser, voire de le nier. Je suis le genre de type disposé à faire la paix avant même la déclaration des hostilités.