L'année suivante, me retrouvant un peu craintif en classe de sixième au sévère lycée Claude Fauriel, je faisais reposer mes meilleurs espoirs sur mes talents d'artiste. Mais cette belle confiance en moi, que m'avait inoculée le gentil gendarme avec son accent du midi, s'évanouit dès le premier " vrai " cours de dessin.

Gémissez, ô mers tumultueuses !

   Le premier sujet fut la reproduction d'une boîte d'allumettes, que le professeur me ratura dédaigneusement au stylo à bille. Il ne me m'accorda même pas la moyenne.

   J'ai bien sûr pensé que le jugement d'un vrai professeur de dessin du lycée Claude Fauriel était plus légitime que celui d'un gendarme, et que j'avais été berné. De toute façon, les cours eux-mêmes ne m'intéressaient pas, si bien que je comptai vite parmi les plus médiocres. Restait ma carrière de footballeur, dira-t-on. Las, très vite le prof de gymnastique se moqua publiquement de la nullité de mon potentiel sportif.

Au vestiaire, le vaillant footballeur !

 Et je remédiai, non sans sagesse, à toutes ces petites déceptions en tombant très sérieusement malade.

 

  Plus tard, au sortir d'un long séjour en maison de repos et complètement perdu, j'ai suivi l'incitation de ma mère, qui avait lu l'annonce passée dans le journal local, j’ai passé le concours d'entrée des Beaux-arts de Saint-Étienne, à l'âge de quinze ans. Elle était convaincue que je deviendrais architecte.

 Je n'ai jamais osé lui dire que l'école ne dispensait pas cette formation.