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José de Souza

PORTRAITS

Les figures animales sont si nombreuses, et si imposantes pour certaines, qu’elles paraissent emplir toute la surface de la falaise et suffire à l’intérêt de l’ensemble. Il est ainsi possible, comme ce fut mon cas la première fois, de négliger la présence d’une série de têtes humaines, pourtant situées au niveau du visiteur et face à lui dès qu’il a pénétré sur le site. José m’avait désigné plusieurs d’entre elles, en leur donnant un nom, assorti d’une brève explication, mais je n’avais pas compris, les jugeant d’un intérêt mineur. Toutes ont leur importance, en réalité. Plusieurs sont à l’effigie de célébrités locales, comme Max Madeira, un chanteur de fado né à Funchal en 1918, mort en 1980, souvent représenté avec un bonnet en forme de cône typique de l’île, ou comme Alberto João Jardim, un avocat originaire de Coimbra, devenu le président du gouvernement régional de 1978 à 2015, ici doté d’un petit chapeau. José avait évoqué l’existence de ce personnage, en 2018, dans l’espoir qu’il vienne inaugurer son museu une fois qu’il serait terminé.

D’autres visages représentent des personnes de son entourage, ainsi celui nommé Rambo, de couleur ocre, encadré d’une longue chevelure noire, qui serait un de ses gendres. Lui-même s’est représenté, voici peu, sous l’apparence d’un masque doré, qui peut évoquer celui des pharaons, entre une table des Dix commandements et une niche avec des statuettes de la Vierge. Il a souhaité que je le prenne en photo à côté de cet autoportrait.

Face à l’œuvre de José, et dans le lien amical avec lui, je demeure dans la frustration, car dans l’impossibilité, jusqu’à ce jour, d’échanger avec lui au-delà de quelques mots. Je voudrais le faire raconter un peu de sa vie, arriver peut-être à comprendre un peu de quoi son œuvre est nourrie. Je voudrais que son chef d’œuvre soit estimé et reconnu, et qu’elle soit protégée, au lieu de l’indifférence qui prévaut de la part des autorités locales.

Au travers de lui, je pense à tous ceux dont le talent et la vision d'artiste sont admirables, et qui demeurent en marge faute d'être bien nés, d'avoir fait les bonnes études, d'avoir rencontré les bonnes personnes, même s’il arrive que des musées et des expositions leur rendent hommage ici et là.