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José de Souza

LA DURETÉ DU MONDE RÉEL (2021) 

Dès qu’il m’aperçoit, en janvier 2021, José prend une allure joviale, que vient accentuer sa chemise colorée à l’effigie du King. En réalité, il se donne une contenance, offrant l’apparence de l’insouciance, alors qu’il est tracassé, comme je vais le comprendre. Ses traits se sont durcis, ses paroles sont amères cette fois. Il continue d’entretenir ses peintures, les lavant au jet d’eau pour qu’elles soient brillantes au soleil, rebouchant des trous quand la terre gorgée d’eau a fait éclater les couches de peinture. Mais il n’a plus d’argent, me dit-il, sa retraite ne lui permet pas de vivre, et les touristes qui le remerciaient de quelques pièces ont disparu à cause du covid. Il ne peut plus acheter des pots de peinture, tout est à l’arrêt.

Le plus grave, en réalité, le plus douloureux, est la demande de divorce de sa femme. Je ne ne comprends pas tout, car l’anglais de José est rudimentaire et je ne parle pas portugais. Il lui a fallu abandonner sa maison, située en haut de la falaise, pour trouver refuge au milieu de son œuvre, dans un abri à base de poutres et de planches récupérées qu’il a construit lui-même. Dans l’unique pièce se trouvent un lit, de quoi cuisiner, une télé, quelques vêtements, une photo de lui et sa femme alors jeunes et amoureux, qu’il cherche pour me la montrer, et, partout, des effigies de Ronaldo, du King, de Rambo.

Son projet d’une capella en l’honneur de ses parents, dont il m’avait parlé en 2019, est désormais réalisé. C’est un édifice de petite dimension, entre la falaise et son abri, dont l’enceinte est constituée de vieux pneus empilés dix par dix et laissés à l’état brut. L’aspect rugueux, noirâtre, presque sale, de l’ensemble donne un sentiment d’inachevé, qui contraste avec le raffinement des scènes peintes et qui intrigue d’autant plus que cet édifice a pour fonction d’être un sanctuaire. Une photo des parents y figure, dans un cadre indiquant Just married, ainsi qu’une plaque de cimetière portant le nom du père. Il y a une statue de la Vierge de Lourdes et un tableau métallique représentant la Cène, mais aussi, en guise de décor, un chameau en bois, un pharaon, des petites faïences. Quand je lui demande s’il va recouvrir les pneus, imaginant que c’est son intention, il me répond que non. D’une certaine façon, une partie de l’œuvre de José provient de la récupération de matériaux, et s’apparente à un manifeste dont le nom portugais pourrait être arte pobre, l’art pauvre dans son sens le plus radical. Ils sont des créateurs sans qualités, qui vivent d’un travail mal considéré et mal rémunéré, qui n’ont pas fait d’études et qui n’ont aucun appui, et dont les principales ressources pour créer proviennent des rebuts.