MONOTYPES ESTIVAUX

Exposition à la galerie Atelier-Expo. Nantes, septembre 2013

   Nous sommes en 2013 et l'hiver s'est étiré lugubrement. Le printemps ? Encore pire ! Des mois sans la moindre caresse du plus fugitif rayon de soleil. La poisse au cul verdâtre (selon l’expression de mon défunt cousin Marcel) !

   ... Et voilà que des experts internationaux de la météorologie assurent qu'il y a soixante-dix pour cent de chances pour que l'été à venir soit exécrable et que, concernant un éventuel été indien, on peut s'en battre l'œil et faire une croix dessus.

   ... Et moi, moi bien sûr, pauvre de moi, avec sur ma peau et dans ma tête une impression de perpétuelle moisissure mortifère, quelle énergie pouvais-je encore trouver pour répondre à un objectif que je m'étais fixé, à savoir celui d'une petite exposition à Nantes à l'automne ?

   Dans l'incapacité d'en imaginer un quelconque contenu, je m'appliquais sombrement à lui trouver un titre " Ma dernière surprise party ", " The last Waltz ", " Guignoleries d'Outre-tombe ", ou encore " Le rebouteux déboîté, dans ses saisissantes moisissures " (ce dernier avait ma préférence).

 

   Une conversation avec mon ami Roger Brusetti va me mettre sur une voie salvatrice en m'invitant à la légèreté et à la désinvolture, antidotes souverains selon lui envers toutes formes de nécrose de l'esprit.                                                                                   

   –  Et pourquoi ne pas refaire des monotypes ?

   Et pourquoi pas des monotypes, en effet.

   J'ai commencé à encrer mes premières feuilles, pareil à l'écolier devant son cahier de devoirs de vacances, avec le sentiment " qu'il fallait que j'assure ".

   Peu à peu, le vrai plaisir, et la légèreté, ont dépassé la seule besogne tandis que dans le même temps un été luxuriant étalait pour nous ses splendeurs.

 

   Si quelqu'un aujourd'hui me demandait ce que j'ai voulu exprimer, il considérerait à coup sûr ma réponse assez vaine ou prétentieuse :

    Je voulais me montrer que j'étais encore vivant et drôle, et faire un pied de nez aux météorologues.

  

 Je m'étais également donné comme objectif de ne surtout pas faire d'autoportrait, ma " spécialité ".

   Mais les quelques amis à qui j'ai montré ces monotypes ont semblé prendre du plaisir à me dire que je me trompais. En témoigne ce courrier de mon ami Laurent Danchin :

    On a beau connaître ton univers, c'est un renouvellement complet à chaque fois, et ce noir des monotypes est magnifique. Malgré tout, on te reconnaît partout à travers les personnages ou les animaux, c'est le plus étonnant. Le créateur ne peut pas s'échapper à lui-même. On a fabriqué sa propre prison ou on est soi-même sa prison.

   Laurent a certainement raison, mais cette prison est aussi un royaume et l'été indien nous fut resplendissant.